Poissy (Yvelines), 12 juin 2006 (AFP)
Trois égoutiers, âgés de 22 à 44 ans, ont trouvé la mort et un de leurs collègues a été grièvement blessé lundi matin, lors d'une opération de maintenance dans un égout de Poissy (Yvelines), très probablement à la suite d'un dégagement d'hydrogène sulfuré (H2S), selon la préfecture.
Comme il le font deux fois par an, quatre salariés de l'entreprise EAV (Entreprise d'assainissement et de voirie) basée à Ecquevilly (Yvelines) venaient nettoyer lundi matin une fosse de décantation située dans le quartier de la Collégiale de Poissy.
L'opération consiste à aspirer, dans des camions, le contenu du bac de décantation d'une trentaine de mètres cubes et de cinq mètres de profondeur pour en extraire les boues et autres déchets.
Selon EAV, qui travaille sous contrat depuis 20 ans avec la ville de Poissy, cet entretien préventif qui avait débuté à 09H30 est destiné "à garantir le libre écoulement des égouts". Vers 10H00, trois des ouvriers qui procédaient au nettoyage ont été intoxiqués "de manière foudroyante", selon un membre de l'équipe de secours, alors qu'ils auraient, selon cette même source, "probablement percé une poche d'hydrogène sulfuré", un gaz toxique issu de la décomposition de matières organiques. Le quatrième ouvrier, père d'un des employés décédés, âgé de 48 ans, qui se trouvait un peu en retrait, a été grièvement atteint et transporté à l'hôpital de Poissy.
Dès l'alerte, donnée par un passant, près d'une cinquantaine de pompiers avec une vingtaine de véhicules se sont rendus sur place, rejoints par quatre équipes du Samu.
Dans un premier temps, les secours pensaient que les victimes avaient été prises dans une montée soudaine des eaux. Très vite toutefois, l'hypothèse d'une asphyxie s'est révélée la plus probable, comme l'a indiqué en fin de matinée le sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye, Rollon Mouchel-Blaisot qui s'est immédiatement rendu sur place et pour qui cette opération de nettoyage est "courante, mais dangereuse".
Il a été rejoint par le maire de Poissy Jacques Masdeu-Arus (UMP) et la chef de la section économique et financière du parquet de Versailles, Laure Beccuau.
Deux enquêtes ont été ouvertes, l'une judiciaire et l'autre par l'inspection du travail qui devra vérifier si tous les protocoles devant être mis en oeuvre pour ce type d'intervention ont été respectés.
Dans un communiqué à l'AFP la direction de la société indique que "les opérateurs en assainissement sont formés aux interventions dans des atmosphères confinées, qu'ils disposent de contrôleurs d'atmosphère et de masques auto-sauveteurs". Une autopsie a été ordonnée par le parquet de Versailles pour connaître les raisons exactes de la mort des trois ouvriers.
Lundi en milieu d'après-midi, une cellule d'aide psychologique a été mise en place dans les locaux d'EAV, où rentraient un à un les camions engagés dans la journée sur différents chantiers et où certains salariés apprenaient la mort de leurs collègues. C'est la première fois que l'entreprise connaît un tel drame. La direction d'EAV indique d'autre part qu'elle "met tout en oeuvre afin d'établir le plus rapidement possible les circonstances exactes de ce dramatique accident".
A l'automne dernier, à quelques kilomètres de Poissy, deux hommes âgés de 36 et 45 ans avaient eux aussi trouvé la mort intoxiqués par de l'hydrogène sulfuré en curant un puisard au golf de Feucherolles (Yvelines).
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