Monsieur Christian STREIFF
Président du Directoire de PSA Peugeot Citroën
Peugeot SA
75, avenue de la Grande Armée
F-75116 Paris (France)
Carrières-sous-Poissy, le 1er mars 2007
Monsieur le Président,
Conseiller Régional d’Ile-de-France, j’attire votre attention sur les préoccupations des salariés du Groupe PSA, les interrogations des habitants de la 12èmecirconscription des Yvelines (Carrières, Poissy, Plaisir, Les Clayes) quant à l’avenir de l’industrie automobile, et la situation particulière du site PSA de Poissy/Carrières.
Car, si je constate le dynamisme du secteur automobile (le Groupe PSA est très présent dans la 12ème circonscription des Yvelines avec l’usine PSA de Poissy qui compte 8 300 salariés et le pôle tertiaire de Carrières sous Poissy avec 3 000 salariés), les mauvais résultats de votre Groupe suscitent l’inquiétude de nombreux habitants et salariés.
D’une part, les ventes mondiales de PSA, avec 3.4 millions d’unités vendues, ont reculé de 0.7% en 2006 et de 2.7% en Europe de l’Ouest, son principal marché (le chiffre d’affaire du Groupe est de 56.6 milliards d’euros soit une stagnation par rapport à 2004 tandis que le bénéfice net diminue).
D’autre part, avec les usines récemment ouvertes en Europe de l’Est (Kolin en république Tchèque et Trnava en Slovaquie) et la fermeture du centre de Ryton (2050 emplois supprimés) en Angleterre, la capacité de production du Groupe a été portée à 4 millions de véhicules. On peut se demander alors quelles seront les prochaines usines à fermer si les
objectifs de vente continuent à ne pas être atteints.
Je me fais l’écho de ces inquiétudes car je n’ignore pas l’importance économique de l’industrie automobile en Ile-de-France (elle concentre les deux grands constructeurs français que sont PSA - 6ème groupe mondial du secteur – et Renault/ Nissan - 4ème groupe mondial - mais aussi la plupart des équipementiers de rang mondial).
Le secteur automobile emploie directement ou indirectement 156 000 personnes dans des établissements diversifiés : sièges sociaux, centres de R&D, plates formes logistiques, sites de production et d’assemblage. Je sais également l’importance du secteur automobile dans le développement des technologies de demain. La R&D automobile emploie en Ile-de-France 17 500 personnes.
La majorité (PS-PRG-PCF-VERTS-MRC) à laquelle j’appartiens au Conseil Régional soutient fortement ce secteur d’activité. La Région a ainsi consacré une enveloppe globale de 65 millions d’euros pour l’aide aux entreprises en 2005. Elle consacre en outre un budget global de 95 millions d’euros pour le soutien à la recherche et l’innovation par des aides aux projets R&D de grandes entreprises, par le soutien aux pôles de compétitivité dont le pôle MOV’EO dans le secteur automobile. La Région joue également un rôle dans la formation d’une main d’oeuvre hautement qualifiée avec le Schéma Régional des Formations (2000-2006) pour un budget supérieur à 500 millions d’euros.
Toutefois, et suite à votre nomination le 6 février 2006, de nombreux salariés du Groupe sont dans l’incertitude. Le récent conflit qui oppose la Direction du Site PSA de Poissy aux syndicats et aux employés illustre très justement mon propos.
Dans ce contexte, pouvez vous apporter des garanties concernant l’emploi au sein du Groupe en général et sur le site de Poissy/Carrières en particulier ?
Par ailleurs, vous avez, à l’occasion de votre prise de fonction, évoqué une « adaptation des effectifs » mais n’y aurait il pas d’autres variables d’ajustement que la masse salariale ? Pourquoi les salariés seraient ils les seuls à subir les conséquences de choix stratégiques hasardeux (mauvais positionnements de la gamme, mauvaise anticipation du marché….) ?
Votre rémunération et celles des principaux cadres dirigeants de votre entreprise seront t’elles soumises à la compression de la masse salariale que vous préconisez ? Au niveau national PSA compte 6% d’intérimaires et votre entreprise a déjà été condamnée plus d’une centaine de fois pour le recours abusif à l’intérim.
Que comptez vous faire pour résorber l’emploi précaire et privilégier l’emploi stable ? On peut d’ailleurs remarquer que lorsque l’activité est florissante, vous avez recours au travail intérimaire mais lorsque l’activité se porte moins bien, vous parlez de licenciement. Vous semblez considérer les employés non pas comme étant une richesse pour l’entreprise mais une variable d’ajustement que l’on peut augmenter ou diminuer comme un taux d’investissement.
Je vous rappelle que votre entreprise a manifesté par le passé (1er mars 2006) un souci de bonne gouvernance sociale en apportant sa signature à un accord cadre international avec la FIOM (Fédération Internationale des Organisations de Travailleurs de la Métallurgie) et la FEM (Fédération Européenne des Métallurgistes). Pourtant, l’usine de Poissy fait travailler plus de 900 intérimaires.
Enfin, que comptez vous faire en terme de pouvoir d’achat des salariés étant donné que la participation et l’intéressement seront déjà impactés par les mauvais résultats de l’entreprise ?
J’espère que les « adaptations » feront l’objet d’une concertation qui permettra de préserver les intérêts des salariés. Je vous prie de croire, Monsieur le Président, dans ma volonté d’écoute et mon engagement aux côtés des salariés du secteur automobile.
Eddie AIT
Conseiller Régional d’Ile-de-France
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